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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 15:02

(Article publié dans le bulletin des Amis de l'alto n°11 en juin 1985)

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Serge Collot… Je ne me donnerai pas le ridicule de le présenter: sa figure, sa silhouette, ses cheveux grisonnants sont devenus familiers à beaucoup. Mais je ne puis m’empêcher de remarquer son regard, ses petits yeux pétillants, traversés de petits éclairs au hasard de la conversation… L’homme est charmant, affable et courtois, comme ses gestes, encore que ceux-ci cachent mal une sorte de timidité lorsqu’il n’a pas l’alto dans la main.

« Ce sont les exigences de l’interprétation musicale qui me font rechercher le travail technique nécessaire pour réaliser la pensée du compositeur »

« Parler de moi, je n’aime pas tellement, mais si vous pensez …»

Voilà une entrée en matière bien facilitée pour le malheureux profane, amoureux fou de musique et admirateur de ceux qui, comme Collot, sont capables d’en faire de la si belle….

« Je suis né à Paris en 1923 et les premiers rudiments de violon c’est mon père, un sculpteur sur bois, qui me les a donnés. Pas de souvenirs dignes d’intérêt des autres professeurs jusqu’à mon entrée en préparatoire rue de Madrid. Là c’est Emile Loiseau (ancien second violon du quatuor Parent, avant la première guerre mondiale) qui me prend en mains et que les choses sérieuses commencent. Son influence sur moi a été très grande et il m’a vite parlé de musique dans le sens noble du terme, paroles qui ont tout assez vite abouti à quatuor à cordes ».

C’est là que le jeune instrumentiste allait être en quelque sorte « initié » et rapidement plongé dans le domaine merveilleux de la musique de chambre, du quatuor surtout qui en est l’expression la plus haute, et que dans ce jardin luxuriant, Emile Loiseau savait guider en maître…

« J’ai eu aussi la chance d’entrer dans l’orchestre de chambre de Maurice Hewitt, le dernier second violon du quatuor Capet dans sa période la plus faste de 1909 à 1928, année de la mort de Capet » .

Ces rencontres heureuses qui ont jalonné le jeune âge de Collot, avaient encore accru son penchant pour la musique de chambre, l’influence de Loiseau se trouvant renforcée par celle d’Hewitt et, bientôt, par celle d’André Tourret, autre quartettiste chevronné, également ancien second violon chez Capet, Tourret avec qui Collot travaillait pour entrer dans sa classe…. « Tourret, un musicien merveilleux…. ! »

C’était le temps de la guerre. Et c’est à peu près l’époque où allaient se produire deux événements marquants dans le cycle des études :  « Maurice Hewitt eut l’idée de « monter » le 6eme concerto brandebourgeois et au cours d’une répétition il demanda qui avait envie de prendre une partie d’alto. J’ai accepté et cela m’a beaucoup plu. Par ailleurs, je ne fus pas reçu à l’entrée dans la classe de Tourret. C’est ainsi que je me suis tourné vers l’alto et vers Maurice Vieux, non par dépit mais par amour ».

 

Deux ans de travail, avec un rôle toujours important consacré à la musique de chambre, aboutirent au premier prix  « avec un Bach et une commande du Conservatoire, un poème d’Amable Massis » . Il convient de souligner que pendant cette période englobant les années sombres de la guerre, Serge Collot suivait également les cours d’écriture, connaissait un autre chef à l’orchestre de chambre, Hewitt malheureusement déporté était remplacé par Joseph Benvenuti, échappait au Service du travail obligatoire grâce à l’action discrète du directeur du Conservatoire, Claude Delvincourt.

 

Mais la libération vient enfin, et avec elle le temps pour Collot de faire le service militaire. Celui-ci se déroula en Allemagne, occupée à son tour. « Par chance,  j’ai été versé au théâtre aux armées. Il y avait même un quatuor et il y avait aussi le mime Marceau… »

Et voilà que l’on demande à Collot d’écrire la première musique de scène pour le mime ! Collot compositeur, c’est le scoop ? Hélas, il rectifie sans attendre : « Je vous ai dit que j’avais fait les classes d’écriture mais j’ai arrêté d’écrire. J’ai bien fait car avec le recul du temps je peux dire après avoir joué tellement de musique inutile que ce n’était vraiment pas la peine d’en rajouter… ! ». Voilà qui est parfaitement honnête. Et lucide. Et qui devrait être médité. Une parenthèse qui n’est pas sans lien avec le sujet : l’altiste regrette ce « cloisonnement des instrumentistes » aujourd’hui, et qui est une mauvaise chose car elle ne permet plus de faire ce que faisaient les anciens avec une formation plus étendue, ce qui les rendait « plus complets ».

 

De retour à la vie civile et à Paris, Collot reprend contact avec la rue de Madrid et son environnement, retrouvant notamment Jacques Parrenin avec qui il avait déjà fait du quatuor. Quelques concerts s’en suivirent sous l’égide du Mouvement Musical des Jeunes, présidé par M.Maublanc, Joseph Calvet, étant conseiller musical. Parrenin, engagé à l’orchestre de Radio-Luxembourg , s’était débrouillé pour y faire rentrer ses trois collègues du quatuor. Ainsi l’ensemble travailla-t-il beaucoup et, très vite, fut sollicité pour des émissions de radio. Comme il fallait un programme nouveau toutes les semaines, on imagine facilement les efforts….

Période fructueuse donc pour ces quartettistes. Mais, du coté du Conservatoire, Claude Delvincourt créait la classe professionnelle de musique de chambre dont Joseph Calvet devenait le premier professeur.  Ajoutons que ce n’était pas la seule initiative heureuse de ce directeur : n’avait-il pas nommé, en 1942, Olivier Messiaen à la classe d’harmonie ?

Une classe professionnelle de musique de chambre donc, mais dans l’immédiat, sans élèves quasiment. Aussi Claude Delvincourt fit-il signe à Jacques Parrenin : « Voulez-vous, venir, vous seriez le premier quatuor… ». On passera sur les diverses vicissitudes qui suivirent la décision. Celle-ci fut positive bien qu’elle entraîna la démission de l’orchestre où ces jeunes commençaient à gagner leur vie. Bref, le quatuor Parrenin obtint, le premier, le premier prix dans cette nouvelle classe. Il fit ses débuts devant le public parisien en donnant l’intégrale des quatuors de Beethoven et de Bartok, et entamait peu après la carrière internationale que l’on sait.

Une parenthèse avant de quitter ce temps si proche des études : « Je désire dire combien je suis toujours lié par le souvenir à Claude Delvincourt et de quelle essence musicale intime il me tient à cœur ; Delvincourt avait composé un quatuor qu’il dédia au quatuor Parrenin. La première audition nous l’avons donnée à Rome, en 1954. Delvincourt devait venir. Hélas, il n’entendit jamais son œuvre en public car le malheureux, en se rendant dans la capitale italienne en voiture, trouvait la mort dans un stupide accident de la route à Ortebello, en Toscane….. ».

 

La carrière de quartettiste peut être exaltante. Elle peut aussi être contrariée dans d’autres domaines que ceux d’ordre musical. Une femme, des enfants….selon les situations, les décisions varient. Serge Collot crut bon d’envisager une attache plus sûre que les aléas des engagements et, en 1952, il se présenta, pour y être reçu à l’orchestre de l’Opéra. Delvincourt ne fut pas de cet avis mais l’altiste persévéra, essayant de tenir dans les deux voies. Cependant, l’activité de quatuor devenait par trop importante d’utant plus que 150 concerts étaient prévus pour l’année 1956… La démission de l’opéra s’imposait mais « selon le règlement elle ne serait effective qu’au bout d’un an ».Finalement le choix se fit, définitif. En 1957, Collot se détacha du quatuor Parrenin au sein duquel il avait joué pendant 13 ans.

 

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(le quatuor Parrenin)

 

L’altiste toutefois fera encore partie d’un quatuor, sédentaire celui-là puisque c’était celui de l’O.R.T.F. dont le premier violon était Jacques Dumont, ce dernier ayant demandé à Collot de remplacer Léon Pascal. Mais cela ne dura pas longtemps pusique l’altiste donnait son accord pour former le Trio à cordes français avec Gérard Jarry et le violoncelle Michel Tournus qui en avait eu l’idée. C’était en 1959. Cet ensemble poursuit toujours sa route et depuis longtemps a acquis une réputation internationale à travers ses tournées en Europe, aux U.S.A, en Australie etc.

 

« J’ai aussi fait partie des tout premiers concerts du Domaine musical que Pierre Boulez a fondé en 1953. C’est moi qui est assuré, dès la seconde audition, la partie d’alto du  Marteau sans maître, une œuvre qui, avec la sonate de Debussy (flûte, alto et harpe) n’a pas peu contribué à faire découvrir notre instrument…. »  Collot restera l’alto solo du Domaine musical, orchestre à géométrie variable, de la fondation jusqu’à 1970. Rappelons au passage que cet orchestre a été dissous en 1973, Gilbert Amy ayant succédé à Boulez en 1967.

Dans cette multiplicité d’occupations, pour Serge Collot, le passage au Domaine musical, les relations avec Boulez ont été un adjuvant précieux. Il avait connu le compositeur à la classe et, il avait tout de suite perçu chez lui vis-à-vis des partitions le même respect du texte, la même honnêteté intellectuelle que lui avaient inculqués ses professeurs : « être au service de l’œuvre, pas de soi-même »

 

Collot pénétra ainsi au sein de la musique de l’Ecole de Vienne que l’on ne connaissait pas en France et cela entraîna plus qu’une approche avec les compositeurs contemporains comme Stockhausen, Berio, Jolas etc., puisque Collot participa à la création de nombre de leurs pièces, sans parler de celles, comme la Sequenza VI de Berio qui lui sont dédiées, .

Serge Collot dira encore qu’il a quitté l’orchestre de l’Opéra l’année dernière après plus de 30 ans de service. « Au sujet de l’Opéra, je tiens à m’inscrire en faux sur les « bruits » qui ont couru, qui courent, qui courront hélas encore sur les collègues de l’orchestre : « ce sont des requins qui oublient la musique… »…Ces collègues, je peux l’affirmer, adorent la musique et ils la servent bien dans tous les domaines. J’ai rencontré chez eux une ouverture d’esprit, un amour profond remarquables. Tous, pour ce qui me concerne – mais pas seulement pour moi – m’ont aidé au maximum pour faciliter ma carrière de soliste et surtout de chambriste. Dans leur groupe, j’ai toujours rencontré une amitié aussi sincère qu’agissante. Je leur dois beaucoup de reconnaissance… »

 

Mais il reste encore, chez Serge Collot, le domaine de la pédagogie. Sans parler du culte voué au maître Maurice Vieux : « peut-être ne parlait-il pas assez ? c’est qu’il voulait aller vite ; « regarde moi et fais pareil »…il avait une présence, un ascendant, une autorité de très grande classe. Et puis quel altiste….oui! Maurice Vieux a été un chef d’école. Je sais ce que je lui dois, tout comme à Calvet aussi, et je ne pense pas avoir fait un cours au Conservatoire – depuis ma nomination en 1969 – sans dire quelque chose que « eux » m’avaient dit ».

Il reste aussi…les élèves. Ce sera, nous l’espérons, pour un prochain bulletin.

 

 

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