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25 janvier 2012 3 25 /01 /janvier /2012 09:36

(Article publié dans le Bulletin des Amis de l'Alto n°6 en décembre 1982)

 

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Qu’il soit dans son petit appartement d’Issy les Moulineaux ou dans son refuge campagnard des bords de la Vienne, pour Blanpain la journée commence toujours de la même façon : « Il me faut près de deux heures de technique, gammes et Sevcik. C’est ma gymnastique quotidienne ! et encore plus maintenant que je suis retraité… » Un éclat de rire et des yeux malicieux éclairant sa figure ridée, c’est tout Georges.

« A sept ans, en 1914 et à Châteaubriant, j’ai commencé le violon avec un extraordinaire professeur qui donnait en même temps à mon frère une leçon de piano et à moi une de violon….c’était horrible ! »

 

Cela dura peu car peu après la famille venait à Paris où il y eut un autre professeur, puis l’émulation suscitée par des copains de lycée, les occasions aussi de jouer dans de petits ensembles, dans des sociétés d’amateurs. Il y eut les petits cachets, d’abord dans une brasserie de la Porte de Versailles et puis dans une autre, rue de la Convention où « j’ai enfin entendu jouer du violon comme j’en rêvais : c’était Pierre Vinzentini, altiste à l’Opéra comique. Il m’a pris en main et j’ai travaillé comme une brute. C’est lui qui m’a présenté à André Tourret, à qui je dois énormément. Un bon concours au Conservatoire de Paris, un peu moins bon pour l’épreuve finale : « prends l’alto, me dit le Maître, quand tu auras ton prix je te reprendrai ajoutant aussi : mais ça m’étonnerait !! Il avait raison. Il m’a envoyé chez Maurice Vieux qui a fait du violoniste un altiste. Et là ma vie de musicien s’est déroulée d’une façon merveilleuse ».

 

Il fallait gagner quelque argent. Et c’était l’époque du cinéma muet. « Je jouais dans un cinéma de l’avenue de Wagram. Quand on donnait les Impressions d’Italie de Gustave Charpentier et que je jouais le solo, le public applaudissait, ce qui n’était pas la coutume… »

 

Ce fut ensuite un impressionnant défilé d’artistes de renom, de rencontres comme celle de Diran Alexanian, le violoncelliste qui invita Blanpain à l’Ecole Normale de musique.

 « Beaucoup de musique de chambre dans ce milieu extraordinaire ! J’ai joué avec l’unique Nadia Boulanger les Fauré, le Quintette de Schmitt, notamment et , à l’issu d’un concert, Cortot et Thibaud m’ont demandé de jouer le Concert de Chausson que nous avons enregistré en 1930.  Alfred Cortot m’a nommé alto solo de son orchestre de chambre. J’ai joué avec Casals, avec Enesco dirigeant son admirable octuor, Cortot m’a présenté au quatuor Lenner pour jouer tous les quintettes à deux altos de Mozart et Beethoven, puis s’est formé, à cette époque, l’Orchestre de Paris avec Ansermet, Fourestier et Cortot, puis l’orchestre national où je suis entré. Que de grands chefs ! »

 

« La guerre, la captivité…mais j’ai toujours eu un instrument avec moi, même en captivité. D’ailleurs dans le camp on ne connaissait pas mon nom : j’étais…. le violoniste ! »

 

« Des souvenirs musicaux ? mais il n’y a que ça et des bons !

J’ai joué aussi à l’orchestre de Radio Paris où j’ai beaucoup appris avec les grands chefs qui se succédaient… Harold en Italie dans un concert où Tortelier jouait Dvorak, le Quintette de l’Atelier avec Passani, Benedetti, Quesnel et Navarra, l’orchestre Colonne…. 

Je suis entré second soliste à l’Opéra comique en 1946 et parallèlement dans le quintette Pierre Jamet. Cela dura 15 ans avec ce groupe d’amis. Que de concerts ! Que de voyages ! Quelle merveilleuse période ! »

 

Et Blanpain jette tout cela en vrac, à bâtons rompus, avec un sourire heureux, même pour parler du « revers de la médaille ».

« ….Il y en a toujours un : progressivement, je devenais sourd et sans espoir de guérison. J’ai donc dû continuer sans rien dire et dissimuler autant que possible cette infirmité. Heureusement, j’entendais juste et, lorsqu’il y a une dizaine d’années je suis entré à l’Opéra, j’ai dû me contraindre à porter un appareil acoustique. La technique ayant fait d’énormes progrès, j’entendais tellement, que je jour où j’étrennais cet appareil, on jouait la Walkyrie et, lorsque les cuivres « donnèrent » derrière moi, j’ai cru qu’un train me passait sur le crâne ! 

 J’ai eu aussi la joie de préparer de nombreux collègues et amis qui passaient des concours, obtenant de bons résultats en général, et puis, retraité, j’ai fait partie de l’orchestre de Fernand Oubradous avec de bons amis comme Colette Lequien et Serge Collot.

J’oublie aussi les quatuors Reitlingen, Brunschwick avec qui nous avons créé de nombreux quatuors dont ceux de Dandelot, d’Yves Baudrier - travail gratuit qui me rendait parfaitement heureux - et puis encore la participation à des concerts de quatuor avec les Touche, les Poulet.

Et les concerts Straram et la baguette de Toscanini, le Philarmonique avec Désormière….. Il y a un concert mémorable pour moi, c’est celui où j’ai joué avec Charles Koechlin sa sonate pour alto. Qui parle de Koechlin ajourd’hui ? Et pourtant….quel musicien en avance sur son temps et…communiste, ce qui me plaisait beaucoup !

Et puis il y a vous, les Amis de l’alto, que je ne peux citer tous, ayant crainte d’en oublier, mais nous sommes tous frères parce notre instrument est au coeur de la musique et cette dernière est ma vie. Lorsque j’avais 16 ans, je dis à mon arrière grand-mère que je voulais être violoniste. Elle me répondit en riant «  Ah ! un jocrisse ! j’en ai connu un dans le temps… »

Voilà donc un peu de Georges Blanpain, « un homme délicieux » comme a dit Colette Lequien, un artiste honnête, consciencieux, tolérant, toujours de bon conseil, prodiguant mille et une ficelles du métier accumulées « depuis 68 ans que je tiens avec amour mon instrument sous le menton »

 

(Propos recueillis par Ervino Puchar en 1982).

Georges Blanpain, né le 12 mai 1907 est mort à Issy les Moulineaux le 11 juillet 1986. Il a obtenu son premier prix dans la classe de Maurice Vieux en 1929.

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