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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 18:25

(Article publié dans le bulletin des Amis de l'Alto n°3 en mai 1981)

 

 

Je commençais l’étude du violon à huit ans avec un nouveau professeur du Conservatoire d’Orléans, nommée Janine Beaujouan. Après quelques leçons, celle-ci me proposa de changer d’instrument et de commencer l’alto dans sa classe du Conservatoire. Je connaissais bien l’alto : c’est un instrument à vent très grand qui s’enroule autour du corps, et dont le large pavillon domine celui qui en joue et l’orchestre tout entier.

 

Deux problèmes se posaient à moi : comment imaginer que Janine Beaujouan, d’apparence frêle, pouvait jouer d’une telle machine ? En outre, aimerais-je cet instrument pour lequel je n’avais pas d’attirance particulière ? La décision fut rapidement prise car l’instrument importait peu ; ce qui m’attachait à la musique, c’était d’abord (sinon uniquement) mon professeur.

 

La leçon suivante eut lieu au Conservatoire. J’éprouvais à cette occasion deux sentiments contradictoires : une grande satisfaction à constater que l’alto n’était pas un hélicon et une épouvantable angoisse car, en arrivant, Janine Beaujouan me dit que j’allais jouer de l’alto dont les cordes étaient La, Ré, Sol, Do. En attendant mon tour, j’avais complètement oublié le nom des quatre cordes et je fus saisi d’une panique que je retrouve à chaque fois que je retourne dans cette petite salle de classe (et non pas à chaque fois que je prends mon alto). Il fallait un miracle et il advint ! Me levant pour marcher au supplice, j’entends mademoiselle Beaujouan, prononcer les quatre syllabes que j’avais le plus envie d’entendre : La, Ré, Sol, Do. C’est à cet instant, en dissipant ma terreur naïve, que mon professeur transforma ma respectueuse tendresse en félicité, me donnant volonté, goût et confiance

 

En février 1956, la toute nouvelle classe d’alto du Conservatoire d’Orléans comptait quatre élèves (deux sont devenus 1er prix du CNSM ; c’est une bonne moyenne). Janine Beaujouan devenu madame Marie-Louise, travailla avec passion au développement de sa classe. Celle-ci compte aujourd’hui une trentaine d’élèves et l’on doit refuser, hélas, des candidats chaque année. Nombreux sont les altistes amateurs formés au conservatoire d’Orléans, mais vous connaissez:

 

- Jacqueline Leroy, 1er prix du CNSM et professeur au Conservatoire national de région de Rennes.

 - Danièle Husson, altiste à l’OPPL

 - Yves Godin à l’orchestre de Mulhouse

 - François Harang à l’Opéra de Florence

 - Philippe Carriau, élève à la Julliard School

 

Hélas, si cette classe a formé de nombreux altistes, professionnels et amateurs, elle a aussi nourri dans son sein un vilain petit canard qui est devenu (sans trop de préméditation, c’est sa seule excuse) directeur de Conservatoire.

 

Je fus nommé en 1972 directeur du conservatoire d’Orléans. Mes rapports avec Janine Marie-Louise étaient demeurés ceux de la première leçon, augmentés de l’affection due à une intimité de quinze années.Ce fut (je crois) pour elle une joie de voir son élève devenu directeur. Joie de courte durée (c’est moi qui le dit..) car le fils ne peut jouer un rôle de père sans que les forces et les liens qui unissent les êtres ne subissent des tensions, avant de s’harmoniser à nouveau. Je ne sais trop comment cela s’est passé, mais l’un de mes premiers travaux fut de programmer, pour l’orchestre des élèves, les quatre mouvements du concerto de Telemann, joués par les quatre meilleurs élèves de la classe. Janine Marie-Louise me dit, longtemps après, que ce fut l’un des meilleurs moments de sa vie de professeur. Il y en eu d’autres, sans doute, et la collaboration d’un directeur altiste avec son professeur présente quelques avantages :

 

- On bénéficie, pour le recrutement de la classe d’alto d’un argument de poids, car il est difficile aux parents et aux élèves de mépriser trop ouvertement l’instrument dont jour le directeur.

- Les programmes des concerts comportent peut-être un peu plus de littérature d’alto qu’ailleurs. Janine Marie-Louise et moi, en huit ans, avons joué trois fois le 6e concerto brandebourgeois. Nous avons joué l’un ou l’autre une bonne vingtaine de fois le concerto de Telemann dans toute la région, ainsi qu’une dizaine de fois la Trauermusik d’Hindemith, la Fantaisie de Hummel etc.

- Le morceau d’examen introuvable pour tel ou tel degré peut être rapidement « fait maison » et s’adapter convenablement à l’instrument (car je me souviens bien du nom des quatre cordes)

 

Mais voilà de bien maigres avantages. Songez aux désagréments qu’il y a à côtoyer un directeur altiste, un directeur qui aurait des idées sur l’alto, sa technique, sa littérature !

Je ne le souhaite à personne.

 

Claude-Henry Joubert, directeur du Conservatoire d’Orléans

 

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