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8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 08:40

Disparu en 1997, Paul Hadjaje fut membre fondateur de l'Association des amis de l'alto en 1979 et pendant plus de quinze ans, son principal et infatigable animateur. Voici le témoignage de l'un de ses élèves, Jean-Jacques Guéroult, auquel nous ajoutons un hommage de Serge Collot publié dans le Bulletin des Amis de l'alto n°23 en décembre 1997.

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Merci Paul Hadjaje  par Jean-Jacques Guéroult

 

Je me connecte sur le site des Amis de l’Alto.

Avec le regard du jeune musicien retraité que je suis, je survole la présentation, les gros titres puis, j’approfondis les articles qui m’intéressent.

 L’un d’eux éveille ma curiosité : « les 100 premiers prix de Maurice Vieux » !

Je parcours la liste en remontant chronologiquement. Trop jeune pour avoir connu le Maître, beaucoup de noms résonnent néanmoins en écho, proche ou lointain, à mes oreilles d’altiste. Je m’émerveille devant la fécondité de l’enseignement ; le niveau de qualité et de parcours des élèves.

C’est une chose que d’être un grand musicien, c’en est une autre que d’être un grand professeur.

 

A ma surprise, mes deux professeurs successifs et principaux : Annette Queille et Paul Hadjage obtiennent, tiens ! leur premier prix la même année ; pour faire bonne mesure, l’année même de ma naissance.

Une grande part de ma vie professionnelle, j’ai fréquenté des chemins de traverse. Je suis heureux d’avoir pu exercer mon métier d’altiste et de créateur grâce à eux. (voir site : ccdm.fr)

 

Annette Queille, musicienne discrète de l’orchestre de Paris, a accompagné et soutenu mes débuts. A 19 ans, j’avais une formation de pianiste/organiste; je lui ai demandé si elle accepterait de me former à l’alto dans un objectif professionnel, bien que n’ayant jamais touché l’instrument de ma vie et sans aucune pratique précédente du violon. Conscients des difficultés à vaincre, nous avons relevé le défi avec beaucoup de courage. Défi d’autant plus fou et risqué que le délai de la limite d’âge, pour l’entrée au CNSM, était très court.

Quatre années de travail intensif, (dont deux superposées au service militaire dans la musique principale des TDM à Rueil-Malmaison) ne m’ont pas permis de réussir le concours, à ma grande déception sur le moment, mais aujourd’hui avec soulagement. Je n’aurais très probablement pas pu soutenir mes progrès jusqu’au concours des prix, par manque de « bouteille ».

 

J’ai donc emprunté une autre voie pour suivre mon projet professionnel.

Dans les années 70, les CNRM représentent une bonne alternative, mais ne sont pas nombreux, même en région parisienne. Celui de Versailles est l’un des plus brillants et propose un  professeur d’alto dont l’excellente réputation me pousse à me présenter. Après examen d’entrée, j’intègre le niveau supérieur de la classe.

 

Tout de suite, j’aime la bonhomie et les exigences de mon nouveau professeur. Son organisation des cours, son engagement pédagogique, son implication dans la vie musicale et sa haute idée du rôle du musicien; tous ces éléments renouvellent mon énergie et mon application dans l’étude.

Le travail et la volonté, indispensables pour progresser, laissent aussi une place au temps, au repos et à l’expérience.

 

Entre les cours, avant les examens et en maintes occasions, le château de Versailles est un lieu privilégié pour la détente et la marche dans son parc magnifique, hautement chargé d’histoire.

 

La maîtrise technique et pédagogique, la bonne humeur, la sensibilité musicale et humaine de Paul Hadjage, sont autant de qualités qu’il met au service des élèves, qu’ils soient avancés ou débutants.

Nous sommes peu après 1968. Pas facile pour un professeur de concilier autorité et ouverture d’esprit. Mais avec lui la rigueur de la pratique s’accommode volontiers de la plaisanterie ; la recherche d’excellence, de la simplicité ; le travail individuel, de l’émulation…

 

Chaque élève est invité à assister à la leçon de l’élève précédent et à celle de l’élève suivant. Si bien que les cours se déroulent en général en présence de 3 élèves de niveau similaire, et exceptionnellement, de niveau différent. Certains exercices sont collectifs, (y compris avec le professeur) : gammes, arpèges, études pour : muscler et délier les doigts, accroître la vélocité ; maîtriser la tenue de l’archet et du son dans toutes ses dimensions.

Si nous avions été seuls au cours, nous n’aurions pas abordé ces expériences de souplesse, de résistance, d’efforts physiques avec le même courage. La pratique d’un instrument de musique, notamment de l’alto, n’est pas sans quelque similitude avec l’entraînement d’un sportif. Grâce à ces exercices, je me suis souvent surpris à surmonter en quelques instants, des difficultés que je pensais pour moi, inaccessibles.

Après ces échauffements et assouplissements de groupe, le cours devient plus individuel.

 

Dans le contenu, Paul Hadjage n’est pas avare en démonstrations et en interprétations. Cabotin, exubérant, il sait aussi se montrer tendre et émouvant.

Avec persévérance, rigueur et conseils de bon sens, il aide chaque élève à dépasser ses difficultés techniques et ses moments de découragement.

Je suis encore stupéfait par la créativité et l’à propos de ses petits exercices griffonnés spontanément, composés sur mesure.

Parfois, il vient au cours avec des notes retrouvées dans ses cartons ou rédigées à la maison.

Cela nous touche et révèle combien chacun occupe une place dans ses pensées, même en dehors des cours.

 

Mais une école reste une école. Entier et directif, il laisse peu de place aux initiatives personnelles, qu’elles soient musicales ou techniques. Pas question de changer le moindre doigté, coup d’archet, nuance, phrasé… contre son avis. Gare au récalcitrant !

A l’approche des examens, la tension monte et les rébellions grondent. Le cours devient fréquemment le théâtre d’émotions, de larmes, de colères, de peurs, de bouderies. Le musicien de haut niveau, rompu aux concours, assume avec pragmatisme la recherche d’efficacité et de résultat.

Mais en dehors de ces périodes critiques, il sait que la détente est un composant essentiel du progrès. Et le pain quotidien est pétri de rires, d’anecdotes bon enfant, de culture générale et de recherches de solutions aux multiples difficultés de l’apprentissage.

 

Fait rare pour un professeur de son niveau, il n’a pas de répétiteur et assure tous ses cours.

Lors de ses exceptionnelles absences, finalement, nous sommes ravis. Il a en effet la courtoisie de se faire remplacer par des « suppléants » tels que : Serge Collot, Bruneau Pasquier, Georges Blanpain… leur venue est alors un merveilleux cadeau et l’occasion exceptionnelle de faire le point sur notre travail.

 

Attentif à l’avenir de ses élèves, il les oriente, les informe sur des opportunités professionnelles, les encourage à se présenter aux concours susceptibles de leur ouvrir des portes ou des postes. Il n’hésite pas non plus à se déplacer pour l’achat d’un instrument. Il pèse alors de sa position de super soliste à l’Opéra Garnier comme de sa forte personnalité pour obtenir un alto ou un archet de qualité à un prix bien inférieur à celui qui est affiché sur l’étiquette.

 

Je ne suis pas le seul de ses élèves à garder au cœur ce rapport affectueux d’un homme honnête, généreux et consciencieux. Entre les cours, le professeur se fait plus familier. Je ne compte pas les fois où, pendant la pause de midi, dans une brasserie proche il offre, en toute simplicité, un repas à nos ventres vides. Aussi vides que nos porte-monnaie d’étudiants.

Après le dernier cours, plutôt que de nous laisser prendre le train, il nous raccompagne volontiers en voiture jusqu’au métro. Nous avons alors l’opportunité, le temps d’un trajet, d’avoir des conversations plus confidentielles.

 

Combien d’entre nous sont partis grâce à lui, dans le lieu idyllique d’un club de Vacances, en échange de quelques notes données en concert ?

La relation quasi-filiale qu’il établit avec ses élèves se trouve renforcée par la présence discrète et chaleureuse de sa femme, Jenny, et de sa fille, Béatrice, souvent dans la salle aux jours d’audition ou de concours. Beaucoup d’élèves, jusqu’à aujourd’hui, entretiennent avec elles un lien privilégié.

 

Paul Hadjage dans sa vie professionnelle a pratiqué ce dévouement humble et compétent de l’homme qui unit autour d’un projet élevé. C’est ainsi qu’avec quelques amis et collègues de haut niveau, il a été l’un des rouages essentiels et moteurs de l’organisation de stages, voyages, colloques et concours internationaux autour de l’alto.

 

Surtout, la création du bulletin de liaison « Les Amis de l’Alto » lui tenait à cœur et il nous en parlait souvent.

Il serait étonné et fier de voir comme son journal est vivant, riche d’informations et de réflexions ; consultable aujourd’hui sur internet, comme je viens de le faire.

 

 

Notre Ami Paul Hadjaje par Serge Collot  

 

Une personnalité de tout premier plan sans qui notre association n'aurait pas vu le jour. Son décès nous a tous très profondément affecté et l'on mesure de plus en plus la place qu'il occupait dans le monde musical.

Lui même a effectué une très brillante carrière dont tous les altistes se souviennent et qui mérite à elle seule respect et admiration: super-soliste à l'Opéra-comique puis à l'Opéra, entre autres activités prestigieuses, nous en avons conservé la mémoire sonore.

 

Mais là où il a donné toute sa mesure, c'est dans son rôle de professeur. Tous ses jeunes élèves l'ont adoré.

Paul Hadjaje avait le génie de faire aimer la musique au travers de sa passion pour notre instrument. Le contact avec les jeunes était exemplaire et son enthousiasme très communicatif. Il avait le souci du détail qui ouvrait une porte dans l'esprit de l'enfant en trouvant, pour chacun, l'image qui ferait comprendre que les progrès techniques étaient toujours au service du langage musical et de sa communicabilité. Toujours très attentif à l'environnement familial et humain de ses élèves, Paul Hadjaje savait trouver les mots et les moyens pédagogiques qui leur convenaient personnellement. Sa classe était un havre de bonheur.

 

Après avoir été nommé professeur au Conservatoire National Supérieur de Lyon, son retour au Conservatoire de Versailles a été motivé en grande partie par le souci de transmettre une chaleur humaine, ce qu'il pouvait faire avec plus d'efficacité et d'abnégation auprès des jeunes d'un CNR. Ses plus belles réussites, ce sont ses élèves qu'il a pris en charge et qu'il a conduit jusqu'à leur entrée dans la vie professionnelle.

 

La création de l'Association répondait à la même vocation et tendait au même but: faire prendre conscience d'une famille dans laquelle l'amitié jouait un grand rôle

 

Par toutes les réalisations que son enthousiasme a suscité: colloques, assemblées, voyages, concerts, par le bulletin, par les conférences etc., Paul Hadjaje a permis à ses collègues d'avoir accès à des informations sur le répertoire, les écoles et recherches pédagogiques ainsi que sur les difficultés du métier, etc. Le tout, toujours en vue d'être utile et proche des jeunes futurs altistes.

 

L'altruisme, le dévouement de Paul Hadjaje, magnifiquement secondé par sa femme, ont dépassé le monde de l'alto et son exemple reste vivant et admiré par toute la profession musicale. Son courage pour rester actif et ne pas démissionner devant une cruelle maladie a suscité le profond respect de tous.

 

Le meilleur hommage à lui rendre, c'est de continuer son oeuvre; le bureau actuel de l'Association travaille avec bonheur et enthousiasme à cette tâche. Que le plus grand nombre possible d'altistes viennent rejoindre son association pour que le souvenir de Paul Hadjaje reste très longtemps vivant.


(Décembre 1997)

 


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Les Amis de l'Alto

 

Bienvenue, chers collègues de la clé d’ut 3, sur ce blog destiné à tous les altistes (étudiants, amateurs, profes-
sionnels…) et amis de l’alto.

Vous y trouverez des informations sur l’actualité altistique, les activités de notre association (concours, articles parus dans les bulletins précédents etc…) ainsi que des pages consacrées au répertoire et au matériel pédagogique existant ou à venir. Il est bien entendu ouvert à toutes vos suggestions et aux informations que vous souhaitez y diffuser.


Bon voyage, donc, chers «altonautes», dans ce nouvel espace que nous voulons créer et développer avec vous et que nous désirons le plus proche de vos souhaits.


Altistiquement vôtre,

Michel Michalakakos.

 



Le concours National des Jeunes Altistes 2014 se déroulera au CRD d'Aix-en-Provence

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