Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 septembre 2013 7 08 /09 /septembre /2013 10:32

 

 

« Mon père a toujours été « dans les vins ». Et bien sûr il aurait voulu que….. !

 

Ma mère tenait, par contre, à ce que je m’approche de la musique. Non pas pour en vivre, grands dieux ! mais parce qu’elle savait que « c’était bien ». Aussi intelligent que compréhensif, mon père opina dans ce sens et voilà que, tout en douceur, je fus mis entre les mains de Marcel Husson, un digne monsieur qui était altiste soliste des concerts classiques de Marseille – c’est dans cette ville que je suis né en avril 1912 – er professeur de violon au Conservatoire du lieu. A l’époque, vous pensez, de l’alto qui s’en souciait ?

 

Après deux ans de violon avec ce professeur, dont le rôle et l’influence ont été déterminants pour le suite du chemin de ma vie, j’ai eu l’occasion d’entendre jouer de l’alto. Ce fut un déclic irrésistible. Du violon à l’alto, il n’y a qu’une quinte à descendre, un pas que je franchis avec enthousiasme, attiré par cet instrument. Non seulement Marcel Husson m’a conduit au 1er prix mais il a su convaincre mes parents qu’il fallait que je monte à Paris pour poursuivre. C’est ainsi que, adieu les vins, j’ai « mal » tourné… »

 

Et c’est ainsi que le destin – Louis Martini, s’il ne prête aucune attention à la chance, croit au destin dur comme fer – le fit arriver du côté de la rue de Madrid pour se faire « étendre » au concours d’entrée, ce qui eut pour effet de le faire redoubler d’ardeur au travail et de réussir l’année suivante. C’était en 1929 et, bien sûr, dans la classe de Maurice Vieux, cet homme immense, recevant extra muros les conseils et les leçons de Pierre Villain, alors soliste à la Société des Concerts.

J’ai toujours été tracqueur. Rien d’étonnant à cet échec. Rien d’étonnant, non plus, que je sois resté cinq ans au Conservatoire ! Mais je ne regrette rien parce que là j’en ai appris des choses et c’était du solide ! 

 

Dans l’illustre maison, Martini obtenait une 1ère médaille de solfège l’année suivante chez Madame Marcou, le 1er prix d’alto en 1934, le 1er prix d’Histoire de la musique aussi, chez Maurice Emmanuel. Et puis attiré par les disciplines de l’esprit, Martini sera également l’élève de André-Bloch pour l’harmonie, de Georges Caussade pour la fugue, de Roger-Ducasse pour l’ensemble instrumental et la composition musicale, de Philippe Gaubert et d’Eugène Bigot pour la direction d’orchestre. Est-ce tout cela , ajouté à une aisance certaine pour apprendre, qui allait éveiller des dons non moins certains pour la pédagogie ? Sans doute, mais dans les propos de cet artiste il convient d’ajouter à son intelligence, une volonté non moins aigüe d’atteindre le but.

 

 ….Figurez-vous que très très jeune, la polio m’a frappé et m’a laissé quelques séquelles, légères heuresement, mais séquelles quand même. Si bien qu’à l’école, dans la cour de récréation, je restais un peu à l’écart, ne pouvant participer à tous les jeux d’enfants, notamment ceux faisant appel à la force physique, à la course à pieds. Pour pallier cette sorte de carence, j’ai voulu de toutes mes forces réussir en classe. C’est ce qui s’est produit et cette volonté ne m’a jamais quitté…. 

 

Roger-Ducasse, à qui Louis Martini voue une touchante vénération avait bien senti cette inclinaison à la pédagogie, à ce besoin de partager le savoir. Le maître a donc poussé l’élève dans ce sens d’autant plus que ...cela allait assurer le bifteck … et par les temps qui couraient, la chose avait son importance ! Résultat : en 1933 Martini est reçu au concours de professorat d’Etat d’enseignement musical dans les lycées et collèges, en 1935, il est reçu premier au concours de professorat d’enseignement musical dans les écoles de la ville de Paris.

Ajoutons encore que vingt ans plus tard, en 1966, Martini allait succéder à Elisabeth Brasseur dans la classe d’ensemble vocal au CNSM. Il y resta jusqu’en 1980.

 

Et l’alto ? C’est bien sûr par là que les choses ont commencé : chez Pasdeloup, puis une bonne année au sein du quatuor Loewenguth, ensuit à la Société des Concerts du Conservatoire au même pupitre que notre ami Maurice Husson. Mais parallèlement, Martini animait nombre de chorales qui remportèrent des succès certains et qui sont probablement à l’origine du tournant de sa carrière artistique.

Ce tournant eu lieu lorsque René Nicoly, peu après le début de la guerre, allait fonder ce remarquable mouvement culturel que sont les Jeunesses musicales de France. Il entendait que ce mouvement ne soit pas seulement une œuvre statique mais qu’à côté des artistes se produisant pour faire entendre la musique au plus grand nombre, il y ait un esprit positif qui se dégageât, par exemple sous forme d’une chorale.

 

Louis Martini, ami de la première heure des J.M.F et de René Nicoly fut chargé par ce dernier de fonder une chorale, sorte d’oasis où des jeunes épris de musique, viendraient travailler, participer, se rencontrer, communiquer, pour se dégager en quelque sorte du climat douloureux et tragique que le pays supportait. Cette chorale vit le jour en 1943, se produisant au sein du mouvement culturel des J.M.F et progressant sans cesse, tellement, qu’à partir de la Libération, elle ne tarda pas à établir sa réputation en se produisant à Paris avec les orchestres des grandes associations parisiennes, en province, à l’étranger et notamment en Allemagne, en Hollande aussi où la chorale obtenait le premier prix au Concours International d’Hilversum en 1953.

 

Cette belle phalange – elle existe toujours !- allait accaparer quasiment toutes les activités de Martini. Il s’attacha, surtout pendant les premières années de la chorale, à travailler et à diffuser les grands psaumes et motets de l’école française des XVIIe et XVIIIe siècles…Mais laissons parler les J.M.F :

 …Nous devons à Louis Martini et à sa chorale J.M.F le renouveau de la musique française du Grand Siècle et ce par les nombreuses œuvres de Michel-Richard Delalande – dont il effectua le premier enregistrement mondial du De Profondis et qui obtint un grand prix du disque en 1946 – d’André Campra, Jean Gilles, Charles-Hubert Gervais et, surtout, Marc-Antoine Charpentier.

Une longue et fructueuse collaboration avec son ami Guy-Lambert, musicologue éminent disparu hélas en 1971, lui permit de donner les réauditions, après 250 ans d’un injuste oubli, d’œuvres parmi les plus importantes de ce très grand, peut-être le plus grand compositeur français du XVIIe siècle : Marc-Antoine Charpentier. On citera, notamment, le célèbre Te Deum, donné en 1948 à la Radio d’abord, puis avec Pasdeloup le 31 janvier 1949. Les critiques élogieuses qui suivirent, incitèrent la firme Erato à demander la réalisation d’un enregistrement. Ce disque eut un retentissement international, obtenant en 1953, le Grand Prix du disque. Les premières mesures de l’ouverture de l’œuvre allaient servir d’indicatif de l’Eurovision….On citera encore, toujours de Charpentier, le grand Magnificat, le Miserere des jésuites, et puis nombre d’autres pages de Bernier, de Giroust de Rameau, bref de 1948 à 1967, Martini et sa chorale obtiennent huit fois le grand prix du disque…… 

 

Tout cela affirmait également les qualités de chef d’orchestre de Louis Martini que l’on vit diriger Pasdeloup, Colonne, Lamoureux, puis partir à Detmold, à Cologne, en Belgique, en Hollande… Mais ce chef ne se limita pas au XVIIe et XVIIIe siècles. Igor Stravinsky fit appel à lui et à la chorale J.M.F pour monter la partie chorale des « Threni » lors de sa création à Paris en 1958 sous la direction de l’auteur. Citons également Maurice Béjart qui lui confia la responsabilité chorale de la IXème dont il donna 28 fois la chorégraphie au Palais des sports en 1967 et 1968.

S’il est impossible de tout citer des œuvres recrées ou dirigées, on peut dire qu’en fait Louis Martini, sa chorale et l’orchestre quand besoin est, n’ont jamais cessé de se produire.

 

 …et l’alto, dans cette mer d’activités ? 

 ..Oui l’alto, il est évident qu’il a été « sacrifié ». Mais il y a encore des élèves et cela permet et m’oblige de ne pas renoncer complètement… 

 

Cet heureux homme et cet homme heureux, débordant de vie, nous a reçu dans le bureau de son appartement d’Asnières, refuge sonore où tout parle de musique et tout y invite. Instruments bien sûr, livres et disques, objets décoratifs et souvenirs précieux, galerie impressionnante de photos dédicacées garnissant les meubles-bibliothèque, les murs. Y trône un superbe portrait de Maurice Vieux…

 

 

... Il faut que je vous fasse voir un document aussi rare que précieux : un mouvement de concerto pour alto que mon maître m’avait confié pour le travailler et le lui jouer, me disant que « s’il existait des concertos de Vieuxtemps pour le violon, il y aurait ceux de Vieux pour l’alto… » Mais, hélas, il semble bien que cela soit resté à l’état de vœu pieux et, connaissant les études écrites pour notre instrument, on peut le regretter !..

La page se tourne parce que le téléphone sonne pour la troisième fois. « …oui, il y en aurait des choses à dire sur cette musique que nous aimons tant, sur tout ce que j’ai fait pour elle, sur tout ce que toujours elle m’a apporté de joies. Non, ne me parlez pas des baroqueux auxquels je ne coirs pas plus qu’à ceux qui affirment que la musique est un art populaire. Quelle musique ? On en finirait pas. Là, je prépare, entre autres, un concert pours mars à la Madeleine. Ce sera la messe Solennelle de Beethoven. Une œuvre grandiose. Quelle densité, quel travail….

Mais vous vous reposez quand » ? … « et le repos éternel alors, qu’en faites-vous ? D’ici là, j’ai encore beaucoup de choses à faire ! 

 

(Article publié dans le bulletin des Amis de l'alto n°15/16 en Mars 1988)

Portrait d'altiste: Louis Martini par Ervino Puchar

Partager cet article

Repost 0
Published by ami de l'alto - dans Articles
commenter cet article

commentaires

Les Amis de l'Alto

 

Bienvenue, chers collègues de la clé d’ut 3, sur ce blog destiné à tous les altistes (étudiants, amateurs, profes-
sionnels…) et amis de l’alto.

Vous y trouverez des informations sur l’actualité altistique, les activités de notre association (concours, articles parus dans les bulletins précédents etc…) ainsi que des pages consacrées au répertoire et au matériel pédagogique existant ou à venir. Il est bien entendu ouvert à toutes vos suggestions et aux informations que vous souhaitez y diffuser.


Bon voyage, donc, chers «altonautes», dans ce nouvel espace que nous voulons créer et développer avec vous et que nous désirons le plus proche de vos souhaits.


Altistiquement vôtre,

Michel Michalakakos.

 



Le concours National des Jeunes Altistes 2014 se déroulera au CRD d'Aix-en-Provence

Recherche

Partenaires