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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 10:06

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(Entretien publié dans le bulletin des Amis de l'Alto n°29 en Avril 2004)

 

 

Jean Dupouy, comment se sont déroulées vos études musicales ?

 

J’ai baigné dans le milieu professionnel très tôt, puisqu’à l’âge de dix ans, j’ai été admis à la maîtrise de la Radio. Par la suite,  je suis entré au Conservatoire de Paris en solfège spécialisé, puis en violon, dans la classe de Roland Charmy. Ayant échoué sur un second prix, je suis passé très rapidement à l’alto et trois mois plus tard en Septembre 1958, je suis devenu élève dans la classe d’Etienne Ginot. L’alto n’était pas une vocation au départ, mais son étude a été une véritable révélation pour moi. J’avais réellement trouvé mon instrument. Sur le violon, je ne me sentais pas vraiment à l’aise, un peu complexé. Il est vrai qu’au conservatoire, quelques gamins en culotte courte (Patrice Fontanarosa, Régis Pasquier) étaient impressionnants…. A l’alto, tout cela a disparu. En quelques mois, les choses se sont débloquées. J’ai trouvé chez Ginot l’approfondissement technique qu’il me fallait et, au bout de deux ans, j’ai obtenu mon premier prix à l’unanimité, premier nommé. Je garde vraiment un très bon souvenir de la classe d’alto du Conservatoire comme de la classe de musique de chambre avec Pierre Pasquier.

 

Après le Conservatoire, comment vous êtes vous intégré dans la profession ?

 

Après quelques orchestres de chambre parisiens (par exemple Paul Kuentz), j’ai eu la grande chance d’être engagé pour deux mois comme alto solo de l’orchestre de chambre Ramat Gan d’Israël. C’est là où j’ai rencontré nombre de musiciens de grand talent qui ont formé un premier noyau d’amis qui, pour certains, m’ont accompagné tout au long de ma carrière. Je pense notamment à Wolfgang Laufer, violoncelliste du Fine Arts quartet ou au violoniste, plus connu comme compositeur de musique de films, Vladimir Cosma.

Dans un premier temps, ma carrière d’altiste s’est plus poursuivie à l’étranger qu’en France. Voici comment: En 1963, à Paris, lors d’une séance d’enregistrement de Michel Legrand, Serge Collot m’a parlé d’une proposition qui lui avait été faite de rejoindre, aux Etats-Unis, un groupe de musique contemporaine inspiré du Domaine Musical,. Comme il connaissait mon goût des voyages, il m’a proposé de prendre contact avec eux de sa part. L’ensemble avait pour nom les « Creative associates », dirigé par Lukas Foss,  et résidait à Buffalo. J’ai été engagé avec un contrat d’un an qui a été prolongé pendant deux ans. Incroyable hasard, le quatuor de Budapest était alors en résidence à Buffalo. J’y ai fait la connaissance de son altiste Boris Kroyt, qui m’a pris en affection et m’a présenté au second violon du quatuor Alexandre Schneider. Ce dernier m’a fait venir à New York à partir de 1966   après les trois ans passés à Buffalo, je suis resté pendant sept ans.

C’est là que je situe les véritables débuts de ma carrière de musicien d’orchestre. Ayant auditionné auprès de Léopold Stokovsky, celui-ci me nomma alto solo de l’American symphony  orchestra en 1967. Dans les affaires de l’époque, mes partenaires se nommaient Samuel Rhodes ou la toute jeune Nobuko Imai. Je me délectais, en tant que passionné de comédie musicale, de jouer dans les différents théâtres de Broadway. J’étais également membre d’un quatuor, le Composer’s quartett qui se consacrait essentiellement à la musique contemporaine. Notre enregistrement des deux premiers quatuors d’Eliott Carter doit encore se trouver chez les disquaires aux Etats-Unis. Le quatuor enseignait au New  England Conservatory à Boston, et j’ai également été professeur d’alto à l’université de l’état de New York à Stony Brook .

 

En quelle année êtes-vous retourné en France ?

 

En 1973, et je suis entré comme second soliste à l’orchestre de l’Opéra de Paris en 1974 où je resté en poste pendant cinq ans, au cotés de Bruno Pasquier, Paul Hadjaje et Serge Collot. C’est pour moi un souvenir merveilleux. Une sorte d’âge d’or musical et artistique orchestré par Libermann. Les plus grands chefs (Boehm, Santi, Maazel), les plus grands chanteurs, les mises en scènes somptueuses. Vraiment un des sommets de ma carrière de musicien.

A partir de 1979, la pleine réalisation de mon métier d’alto solo s’est déroulé à l’orchestre de Paris où je suis resté pendant 23 ans et où les émotions musicales ont été intenses. Pensez par exemple aux solos de Don quichotte de Richard Strauss! Quelle chance de les jouer avec Rotropovitch, Tortelier, Maisky. Les concerts de Musique de chambre organisées par l’orchestre de Paris par D.Baremboim furent inoubliables, comme ce concert fabuleux ou j’ai joué à la salle Pleyel, la Sonate en Fa mineur et les deux lieder de Brahms avec Barenboïm et Jesse Norman.

 

Y-a-t-il des chefs d’orchestre qui vous ont particulièrement marqué ?

 

Je ne peux les citer tous. Mais au-dessus de tout, je place Stokowski. Un art inégalable de sculpter le son d’un orchestre. Pas du tout un technicien de la battue mais une présence, un charisme extraordinaire. J’étais également un grand admirateur de Solti qui m’a laissé un souvenir impérissable. Un homme parfois dur mais d’une exigence artistique incomparable. J’ai été également fortement marqué par les années Barenboïm à l’orchestre de Paris. Enfin, j’ai eu également la chance d’être membre à plusieurs reprises de l’orchestre du Festival de Bayreuth (et alto solo en 2002).

Vraiment je dois dire que j’ai été un musicien d’orchestre particulierement heureux et épanoui, réellement fier de son rôle et de sa profession. J’ai toujours beaucoup aimé la musique de chambre, j’en ai fait avec amour et enthousiasme au cours de toute ma carrière. Mais pour moi ma vraie carrière est celle réalisée à l’orchestre.

 

Carrière que vous n’avez pas complétement abandonnée ?

 

J.D. En effet. Aujourd’Hui je suis alto solo de l’orchestre des Solistes européens Luxembourg dirigé par Jack Handler. Mon partenaire de pupitre se nomme Youri Konrad. Il a été pendant quarante ans l’altiste du quatuor Tatrai. C’est un jeune homme de près de quatre-vingt ans d’une vitalité à toute épreuve. L’orchestre est privé donc nous ne sommes pas atteints par les limités d’âge…. Je continue également ma collaboration régulière avec le Fine arts quartett.

 

Comme altiste avez-vous un répertoire de prédilection ?

 

J’ai toujours été attiré particulièrement par la musique contemporaine. Si je devais recommencer mon parcours, je me verrai bien dans une structure comme l’Intercontemporain. Ce qui ne m’empêche pas d’adorer les sonates de Brahms. Figurez-vous qu'en ce moment je travaille l’Arpeggione de Schubert. C’est une œuvre que j’ai longtemps hésité à aborder. Je vais bientôt la jouer pour la première fois en concert.

 

Aucun regret dans ce beau parcours?

 

J.D. Non vraiment aucun. J’ai vraiment pu réaliser tout ce que je souhaitais faire dans mon métier de musicien. Juste peut-être une petite chose. Ne pas avoir étudié la direction d’orchestre…..

 

Propos recueillis par Frédéric Lainé

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