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15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 18:48

(article paru dans le Bulletin des Amis de l'Alto N°7-8 de novembre 1983)
propos recueillis par Ervino Puchar






 

 

 


"..Mon père était beauceron et ma mère bourguignonne...Ils ont fait de moi un bon parisien, né en 1913, dans le 14ème.

Et parisien je le suis resté toute ma vie, sauf quand il fallut partir, souvent très loin, pour les concerts.

Je ne sais pas qui m'a donné l'amour de la musique, un amour je vous assure très profond, car personne n'en a fait dans la famille, tout comme personne n'a manifesté un attachement particulier pour cet art, pour autant que je puisse m'en souvenir.»

 

Voilà Maurice Husson lancé sur le chemin des souvenirs. Il en parle avec foi, avec enthousiasme aussi et toujours avec tendresse et abondance. C'est dire qu'il est visiblement heureux de raconter, rendant du même coup heureux son interlocuteur : que de questions en moins à poser !

Et pourtant Husson n'est pas venu tout de suite à l'instrument, car sa vocation s'est déclenchée au cours de sa quinzième année.

«C'était en 1928, et me voilà élève de Madame Jeanne Isnard, à l'École Normale de Musique. Jeanne Isnard, qui a été l'élève de Jacques Thibaud...»

Tout de suite, avec ce supplément d'affection teintée de nostalgie que confère le recul du temps chez les cœurs sensibles, surgissent les grandes ombres qui ont fait le renom de cet établissement : Cortot, Casals, Thibaud, Enesco, Francescatti, Nadia Boulanger... «Une pédagogue fabuleuse, la musique personnifiée. Tenez, puisque dans le dernier bulletin vous avez parlé de Georges Blanpain et que moi je cite Nadia Boulanger, c'est dans sa salle de cours que j'ai été particulièrement impressionné, je dois vous dire que cela m'a fortement marqué : j'assistais à une répétition de l'Octuor de Georges Enesco que ce violoniste fantastique dirigeait. Blanpain, peu avant un passage comportant un trait important pour l'alto, voit son "ut" casser. Enesco le voit aussi et, plutôt que d'arrêter le travail, il désaccorde son violon à toute vitesse, joue cette partie importante et... réaccorde peu après. Moi, j'étais sidéré ! Quel Maître !»

 

L'adolescence passera vite, faite d'un très gros travail, pas toujours récompensé par le succès d'ailleurs puisque, à deux reprises, en 1930 et 1931, Husson ne sera pas admis dans la classe de Touret au Conservatoire (il fallait présenter, la deuxième fois, le 1er de Paganini, celui d'Ambrosio et la Symphonie Espagnole de Lalo).

«Je me souviens qu'il y avait 187 candidats et qu'il n'y avait que 14 places. Je me souviens aussi que j'avais bien joué et que le sentiment de l'injustice me torturait. "Je vous garde une place, m'avait dit M.Touret, mais en attendant, allez donc voir M.Maurice Vieux..."

Me mettre à l'alto ? Ne serait-ce pas "déchoir" auprès des autres ?»

 

Mais Husson, têtu et travailleur, voulant continuer, en dépit des observations familiales, s'en alla voir M.Vieux...

Leçons particulières, redoublement de labeur, entrée dans la classe en 1932, second prix premier nommé en 1933 avec Golestan, premier prix premier nommé en 1934 avec Nocturne et Rondeau de Mazelier... Il n'était plus question de violon.

 

«Maurice Vieux ? Jamais plus je ne l'oublierai ! C'est lui qui... C'est lui que... » Il n'est guère possible de tout dire des sentiments de reconnaissance que Husson a exprimés en évoquant le Maître, mais ils ne font que confirmer ce que d'autres ont dit depuis...

 

Et la recherche du travail commence, une recherche pas commode, dira Husson, qui reconnait avoir eu beaucoup de chance : aux cachets épisodiques va succéder, dès 1935, un apport plus solide. Il va "faire" la saison à Cannes, au Casino, et c'était Münch (débuts de chef), et c'était Monteux, qui prenaient la baguette.

 

Début 1936 voit Husson alto solo à l'orchestre de Radio-Luxembourg après un concours heureux où il avait joué Enesco. «C'était Pensis qui dirigeait. J'étais bien payé. J'ai énormément appris. Deux très "grands" m'ont impressionné qui étaient venus jouer en solistes : Bartok, qui avait un feu intérieur, un rythme fantastique, et Prokoviev.

Et puis il a bien fallu faire le service militaire et me voilà au 5èmeR.I. à Courbevoie, dans la musique et aux percussions, après les classes de mitrailleur. Mais hélas, la guerre allait arriver. Au début, elle était "drôle". L'année suivante, ce n'était pas précisément le cas.... Le 10 juin 1940, du côté de Rethel j'ai été fait prisonnier après mille dangers encourus. Un bref séjour à Trèves, ensuite un voyage de quatre jours et trois ans de camp en Silésie...

Tout de même, encore une fois la chance a toujours été avec moi parce que, en 1943, j'ai bénéficié de mesures d'élargissement prises en faveur des musiciens professionnels. Me revoilà donc à Paris en octobre et je rentre, soliste avec Villain, à la Société des Concerts que dirigeait Münch.

Cela n'a pas duré longtemps car Calvet reformait son quatuor et me demandait d'y participer. Mais il fallait que je choisisse. J'ai laissé l'orchestre et nous voilà partis dans les Landes, Calvet, Champeil, Manuel Racsens et moi. Sept mois de retraite et de travail intense, travail qui s'est bien sûr poursuivi entre les concerts et les tournées de cette carrière internationale.

Cela a duré dix ans et le parcours a laissé des souvenirs grands comme ça, comme l'ouverture du premier festival d'Aix-en Provence avec Marguerite Long, comme les enregistrements qui ont valu au Quatuor Calvet trois Grands Prix du Disque, comme les créations du quatuor de Henri Sauguet, de Darius Milhaud, de Jacques Ibert, de Florent Schmitt (op.112, sa dernière œuvre, écrite en 1948) surtout et qui a exigé un travail de romain... Oui, des répétitions à cadence accélérée car Calvet ne laissait rien passer, méticuleux, consciencieux, difficile qu'il était. Quel quartettiste, quelle entreprise !»(1)

 

Dix années, donc, qui ont été la partie la plus importante de la vie musicale de Maurice Husson. Elles se sont terminées, malheureusement, à cause de sérieux ennuis de santé du maître Joseph Calvet.

Et pour Husson une autre période a commencé, en créant, avec quatre de ses collègues, Puig, Gali, Galiègue, et Recasens, la Société de Perception et de Distribution des Droits des Artistes Musiciens Interprètes et Exécutants, ceci devant l'augmentation vertigineuse des réutilisations illicites des enregistrements des interprètes.

«Ce fut une grosse affaire. L'ère du microsillon en était à ses débuts et on prévoyait l'avenir de l'audio-visuel... »

LA S.PE.DI.D.A.M., donc, et la saison musicale de Vichy dont il reste un des responsables jusqu'en 1967, entrant, en octobre de cette année, à l'Orchestre de Paris où il a terminé sa carrière en 1978.

Terminé... ce serait mal connaître Husson. Il a enseigné à Créteil, l'alto et la musique de chambre, au Conservatoire Américain de Fontaineblau, à l'École Normale depuis cette année, appelé par Pierre Petit.

Membre du jury au C.N.S.M. pour l'alto et la musique de chambre, membre également dans les jurys internationaux et président de la SPEDIDAM depuis 1981, cette personnalité attachante, enfin, vit pleinement son existence musicale, même et surtout dans l'intimité de sa demeure de Vincennes, où les souvenirs des tournées, les objets souvent insolites, voisinent avec les photos dédicacées de quelques très grands interprètes.

Dans les étuis d'où ils sortent tous les jours, un Salomon, un magnifique Fagnola, sont et restent les compagnons, fidèles, témoins combien expressifs, combien éloquent de l'amour de la musique.

 

1) Le quatuor Calvet avait travaillé et monté un quatuor de Francis Poulenc. Ce dernier, à l'audition, ne fut pas satisfait de sa composition, et retirant ses partitions, avait demandée qu'elle ne soit pas jouée en public


Nous avons également posé à Maurice Husson les questions suivantes:

 

- Vous enseignez; pensez-vous qu'il vaut mieux commencer par le violon, ou bien, malgré le handicap de la sonorité, avec un violon accordé comme l'alto?

- Non, franchement je ne pense pas qu'il faille faire du violon avant d'aborder l'alto. Voyez-vous depuis Maurice Vieux, pour lequel je ne dirai jamais assez tout ce qu'il a apporté, l'alto est un instrument à part entière, avec sa technique, avec tout ce qu'il faut pour n'avoir rien à envier au violon. il y a bien sûr la technique de l'archet parce qu'il faut que ça sonne "alto". Mais cela vient assez vite : c'est du professeur, bien entendu, que la chose dépend.

 

-Pensez-vous que les diplômes soient absolument indispensables pour réussir dans la carrière ?

- Absolument indispensables, peut-être pas. Mais ils sont une garantie, la preuve que l'on a poussé le travail jusqu'à un certain niveau. Et puis cela aide l'élève parce que ça l'oblige à travailler.

 

- Et que pensez-vous, par exemple, des concours d'entrée dans une école supérieure, qui sanctionnent en 15 ou 20 minutes des années de travail ? Est-il possible de tenir toujours, dans ces conditions spéciales, la grande forme ?

- Aïe ! Et qui répondra à ça ? Bien sûr que la question est épineuse. Entrer... Ça peut être aussi un "coup de pot."

 

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